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Cadre de référence du sommet

Tourisme, culture et transport : une stratégie commune à l’international

Le sommet mondial Destinations pour tous 2014 accueille les praticiens du domaine du tourisme et les chercheurs du monde entier afin qu’ils échangent sur leurs expériences et sur les sujets fondamentaux qui ont trait à l'inclusion des personnes handicapées et aux exigences particulières de l'accessibilité au tourisme et au voyage.

Le sommet vise à étudier les réalisations accomplies dans les destinations, les régions et les villes accessibles les plus avancées au monde, à partager les meilleures pratiques et à en discuter et à établir un plan pour le développement d'un tourisme inclusif et accessible pour tous.

  • Le défi de l'accessibilité du tourisme mondial.  Il y a environ un milliard de personnes handicapées dans le monde.  Cela constitue présentement environ 15% de la population mondiale. On s'attend à ce que cette proportion augmente à cause du vieillissement progressif de la population. Comme nous le savons, les handicaps se manifestent davantage avec l'âge. La grande génération des « baby-boomers » partira à la retraite d'ici quinze à vingt ans et selon des sondages, plusieurs ont l'intention de voyager à leur retraite. D’ici 2020, on prévoit que 40% d’entre eux présenteront un certain handicap. L'industrie touristique subira, par conséquent,  les effets du nombre actuel et futur de personnes ayant des handicaps. Elle doit donc s'adapter à cette clientèle en se rendant accessible afin de demeurer rentable et durable. Ce marché est déjà trop important pour qu'on n'en tienne pas compte, et il ira en grandissant.
  • Les bénéfices économiques du tourisme, de la culture, et des transports inclusifs.
    La génération des « baby-boomers » – en Occident, à tout le moins – possède des actifs importants, a le pouvoir d'achat le plus important, et effectuera 50% des dépenses touristiques d'ici 2020. Les personnes ayant des handicaps ont tendance, comme tout le monde, à voyager avec la famille ou des amis. Cela signifie qu'un commerce ou un service inaccessible pour une personne ayant un handicap et voyageant en groupe, pourrait perdre par conséquent le retour financier potentiel du groupe.  Bien qu'il manque des services, on prévoit que le marché du tourisme accessible constituera le quart des dépenses touristiques d'ici 2020.  Les pays, les régions, les villes et les commerces qui peuvent répondre aux besoins et aspirations de ce marché auront un avantage sur leurs compétiteurs. De plus, les personnes âgées ont moins de contraintes de temps. En ciblant ce groupe, on peut réduire les effets du caractère saisonnier de l'industrie touristique.
  • La nécessité du développement durable à l'échelle mondiale. Les organismes internationaux et les gouvernements ont un intérêt grandissant pour le développement durable et y investissent. Le développement durable exige de toute industrie de satisfaire les besoins humains tout en assurant le développement actuel et futur de l'environnement et des systèmes naturels. Parmi les besoins humains à satisfaire, on compte les besoins du nombre croissant de personnes handicapées. L'industrie touristique ne peut donc pas devenir durable sans inclure et améliorer l'accessibilité pour tous dans son développement. Un développement à la fois inclusif et durable est aussi un investissement comportant de nombreuses retombées à l'échelle locale, nationale  et internationale. Cela comprend le développement économique et social, par l'investissement, l'emploi, la création de richesses pour les communautés locales.
  • L'importance et l'impact des accords internationaux et des législations nationales en matière de droits humains sur le développement du tourisme accessible. Le droit des personnes handicapées au tourisme est maintenant enchâssé dans les traités internationaux et, de plus en plus, dans les lois nationales.  La Convention relative aux droits des personnes handicapées de l’Organisation des Nations Unies (ONU), qui compte à ce jour 158 signataires, établit clairement que les personnes handicapées ont le droit d'accès à l'environnement physique, aux transports, aux communications, aux activités récréatives et de loisirs, aux activités touristiques et sportives. Le Code mondial d'éthique du tourisme, adopté par l'Organisation mondiale du tourisme en 1999, vise à ce que les activités touristiques respectent, entre autres, les droits individuels « des personnes âgées et des personnes handicapées, des minorités ethniques et des peuples autochtones ». Des gouvernements ont adopté des lois protégeant le droit d'accès des personnes handicapées, lesquelles peuvent s'appliquer aux produits et services touristiques. Il y a de plus un intérêt croissant de la part des gouvernements et des industries à être reconnus pour leur responsabilité sociale. Au niveau touristique, le tourisme accessible constitue l'outil idéal pour démontrer qu'une entreprise, une destination ou même un pays assume la responsabilité de l'impact de son activité sur le bien-être de la société.

Nous invitons, dans le cadre de ce premier Sommet mondial, tous les intervenants et  parties prenantes à élaborer avec nous un cadre d'action commun, visant à s’assurer que toutes les destinations touristiques et tous les fournisseurs de services disposent des outils et des stratégies nécessaires pour rendre leur environnement, leurs produits, leurs services et l'information accessibles et inclusifs pour tous les visiteurs.

Tous les joueurs de l'industrie  touristique, quelle que soit leur taille, doivent tenir compte de ce marché en croissance et le développer. Ils donneront ainsi un service à ceux qui ne voyagent pas autant qu'ils le souhaiteraient, qui ont moins de choix de destinations, et dont l'expérience du monde est dictée par des obstacles que nous pouvons enrayer.

A travers des exemples concrets de bonnes pratiques, des analyses précises et des présentations inspirantes, le Sommet démontrera que la réalisation de l'accessibilité est une solution gagnante pour les destinations, les commerces et les clients.

 

Une question de droits

Aujourd'hui, presqu’une personne sur dix dans le monde a plus de soixante ans. Ce sera une personne sur cinq d'ici l'an 2050. Il y a une forte corrélation entre âge et déficience. Les deux tiers des personnes ayant une déficience sont des personnes âgées. Les besoins de cette population croissante, pour lui permettre de visiter les sites touristiques et de participer aux activités à travers le monde, sont d'ordre physique, sensoriel et cognitif. Le tourisme accessible est un marché en croissance rapide, mais encore souvent ignoré ou mal desservi. 

La Convention relative aux droits des personnes handicapées de l’ONU, qui est entrée en vigueur en 2008, engage les États à prendre les mesures pour assurer aux personnes handicapées « … sur la base de l'égalité avec les autres, l'accès à l'environnement physique, aux transports, à l'information, à la communication (…) et aux autres équipements et services ouverts ou fournis au public, tant dans les zones urbaines que rurales. »  (Article 9)

et que

« Les États Parties reconnaissent le droit des personnes handicapées de participer à la vie culturelle, sur la base de l’égalité avec les autres, et prennent toutes mesures appropriées pour faire en sorte qu’elles :

… aient accès aux services des personnes et organismes chargés d’organiser des activités récréatives, de tourisme et de loisir et des activités sportives » (Article 30)1.

Par l’Article 30 de cette Convention, les États reconnaissent le droit des personnes handicapées de participer à la vie culturelle et s’engagent à prendre toutes les mesures appropriées pour faire en sorte qu'elles aient accès aux produits culturels dans des formats accessibles, ainsi qu’aux lieux d'activités culturelles tels que les théâtres, les musées, les cinémas, les bibliothèques et les services touristiques, et, dans la mesure du possible, aux monuments et sites importants du patrimoine national.

Une question d'éthique

Les personnes handicapées voyagent comme tout le monde : pour le travail, le plaisir, pour rendre visite à la famille et aux amis, pour découvrir d'autres cultures. On considère de plus en plus le tourisme comme un droit plutôt que comme un luxe. Répondre aux besoins de cette clientèle constitue, pour les responsables des destinations touristiques, non seulement une obligation morale, mais une occasion d'affaire.

Le tourisme est un vecteur d'intégration, largement reconnu pour son potentiel inhérent de promotion de la compréhension entre peuples de cultures différentes. L'évaluation de l'accessibilité d'une destination touristique implique la vérification de l'accessibilité de ses services touristiques, des hôtels et restaurants, des transports, des attraits et des commerces.

Le tourisme est aussi un vecteur d’intégration internationale : une destination touristique voudra être reconnue sur la base de critères internationaux, comprenant l'accessibilité pour  les personnes handicapées.

Le Code mondial d’éthique du tourisme adopté par l’Organisation mondiale du Tourisme en 1999 prévoit que :

« Les activités touristiques doivent respecter l’égalité des hommes et des femmes; elles doivent tendre à promouvoir les droits de l’homme et, spécialement, les droits particuliers des groupes les plus vulnérables, notamment les enfants, les personnes âgées ou handicapées, les minorités ethniques et les peuples autochtones ».

Le Code comprend divers champs d'application, y compris la protection du consommateur, la  responsabilité des entreprises, la protection des enfants et des segments les plus vulnérables de la population, la culture et l'environnement durable, et le dialogue entre les cultures. Il présente également sa vision du tourisme comme facteur de développement et de promotion des droits humains fondamentaux, conformément aux Objectifs du millénaire des Nations-Unies.

En 2011, l’OMT a commencé à proposer aux entreprises privées du monde entier de signer l’Engagement du secteur privé envers le Code mondial d’éthique du tourisme2. En signant cet Engagement, les entreprises déclarent qu’elles s’attacheront à soutenir, promouvoir et mettre en pratique les valeurs du développement touristique responsable et durable, telles que défendues dans le code d’éthique. Elles s’engagent en outre à rendre compte au Comité mondial d’éthique du tourisme de la façon dont elles mettent en œuvre les principes contenus dans le code. L’un des principaux objectifs de l’Engagement est de faire une large place aux enjeux sociaux, culturels et économiques, en attirant plus spécialement l’attention sur des thèmes tels que les droits de l’homme, l’intégration sociale, l’égalité des sexes, l’accessibilité et la protection des groupes vulnérables et des sociétés d’accueil.

À ce jour (octobre 2013), 175 entreprises et  associations du monde entier ont signé l'engagement du secteur privé envers le Code d'éthique. Les signataires comprennent des entreprises d'Arménie, du Bahreïn, du Costa Rica, de la Côte d'Ivoire, du Danemark, de l'Équateur, de France, d'Allemagne, de Hong Kong (Chine), d'Indonésie, de Lituanie, du Mexique, de la République populaire de Chine, de Pologne, de la République de Corée, de Roumanie, des Pays-Bas, de Tunisie, de Turquie, d’Espagne, de Suède, d'Uruguayainsi que deux associations régionales d'Amérique latine et d'Europe.

Une question de développement durable

La société occidentale est maintenant bien au fait que le développement économique doit respecter tout à la fois l’environnement physique et la société, afin d’en assurer la pérennité. Trop souvent toutefois, on a limité le développement durable aux seuls aspects de l’environnement physique, et on oublie parfois le respect de nos concitoyens les plus vulnérables.

Le développement est par essence tourné vers l’avenir. Concevoir un édifice, ou même toute une destination accessible aux personnes handicapées n’implique pas de dépense « supplémentaire » lorsque ceci est pensé dès le départ, dans les plans et devis du projet. L'accessibilité contribue ainsi au développement durable en favorisant une meilleure gestion des ressources, et en réduisant les besoins ultérieurs de rénovations ou d'adaptations des édifices. On constate également que les aménagements conçus pour les personnes handicapées facilitent la mobilité de toute la population.

Le développement durable se doit d’être inclusif; c’est-à-dire offrir à tous les citoyens un milieu de vie sans obstacles, contribuant à leur qualité de vie, à leur sécurité et à leur bien-être. Les environnements inclusifs et basés sur le développement durable ainsi que les pratiques de gestion qui les accompagnent favorisent autant les communautés que les visiteurs.

Pour de nombreuses organisations internationales, les objectifs sur le plan international,  outre ceux des Objectifs du millénaire, doivent se concentrer sur le respect des droits de l’homme, autant en regard des droits fondamentaux que des principes du développement durable.

Un développement durable et inclusif est aussi un investissement qui peut être rentable à l'échelon local, national et international. Développement économique et investissement, emploi, création de richesses, et développement social pour les communautés locales sont quelques-uns des bénéfices qui peuvent en découler.

Une opportunité économique

Développer des destinations pour tous, ce n’est pas que se conformer à nos obligations politiques et sociales, c’est aussi saisir une opportunité économique des plus importantes. La population vieillissante a déjà un effet sur la demande pour des vacances accessibles; les entreprises doivent répondre à ces changements à l'échelle mondiale afin de rendre leur offre de services pertinente et attirante pour le marché des personnes âgées.

Il y a plus d’un milliard de personnes à travers le monde ayant une certaine forme de déficience. En comptant famille et amis, ce sont plus de quatre milliards de personnes, soit presque le tiers de la population mondiale, directement affectées par la déficience.   L'industrie touristique doit relever le défi posé par la structure démographique changeante du marché et revoir son offre de produits et services. Le marché du tourisme accessible, présentement mal desservi, représentera vingt-cinq pour cent des dépenses touristiques d'ici 2020. En se projetant de quelques années dans le futur, on constate que la proportion des personnes handicapées ne fera qu'augmenter, vu le vieillissement général de la population. La génération des « Baby-Boomers », en particulier dans les pays occidentaux, aura avec la retraite un impact significatif sur le marché touristique : ces personnes seront responsables de 50% des dépenses touristiques totales; et 40% d'entre elles auront une certaine forme de déficience. D'ici 2020, 25% de toutes les dépenses touristiques mondiales seront faites par des voyageurs ayant une déficience (McKinsey, 2007)3.

Ceci offre au secteur du tourisme des opportunités inédites de créer de nouveaux produits et services mieux adaptés aux exigences d'un  marché en évolution. Les infrastructures et établissements existants doivent être améliorés; les nouveaux projets dans les transports, les édifices et l'environnement bâti devraient respecter la pratique du design universel, assurant ainsi aux touristes de demain une expérience inclusive qui leur donne le soutien, le confort et la sécurité dont ils ont besoin, et non représenter de nouveaux obstacles et défis.

Le secteur touristique démontre une habileté à se rétablir, malgré la récession économique.  Il  engendre la croissance et fournit des emplois, là où d'autres industries montrent des signes de ralentissement et de déclin. Les destinations qui investissent dans leur accessibilité ont la possibilité d'atteindre un plus grand marché et d’offrir à leurs commerçants et citoyens, de meilleures perspectives économiques et sociales.

La « nouvelle frontière » consiste, pour les destinations touristiques et les entreprises, à fournir de meilleurs services et une offre plus avantageuse à tous leurs clients. Répondre aux attentes des clients plus âgés, encore actifs, est un stimulant économique particulièrement attrayant. Les pays, régions, villes et entreprises qui peuvent répondre aux besoins et aspirations de ce marché mal desservi auront un avantage compétitif sur ceux qui s'en tiennent à leurs pratiques habituelles. Contrairement aux idées reçues, les clients plus âgés et handicapés ont des goûts et intérêts tout aussi variés que les autres, et tous les domaines touristiques peuvent bénéficier d'une accessibilité améliorée. Élargir sa clientèle pour inclure ceux qui nécessitent une bonne accessibilité présente d'autres avantages, tel que celui de réduire l'effet saisonnier du tourisme : plusieurs de ces vacanciers peuvent voyager en basse saison, n’étant pas liés par les congés scolaires ou d’autres engagements professionnels.

En ces temps où les menaces de stagnation et de récession économique globale persistent,  l'industrie du voyage montre des signes de résilience, bien que ces tendances positives ne soient certainement pas présentes dans tous les pays et régions. Tous les acteurs de l'industrie touristique, quelle que soit leur poids, doivent tenir compte de ce marché en croissance, et l’aider à se développer. Ce faisant, ils s’adresseront également à ceux qui ne voyagent pas autant qu'ils le voudraient, qui ont un choix de destinations réduit, et dont l'expérience du monde est dictée par des obstacles qui pourraient être enlevés.

1 La Convention relative aux droits des personnes handicapées de l’ONU : http://www.un.org/french/disabilities/default.asp?id=1414

2 http://ethics.unwto.org/fr/content/le-code-mondial-d-ethique-du-tourisme

3 http://www.mckinsey.com/insights/economic_studies/serving_aging_baby_boomers